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Causerie PARKGEST : Leila Schwab, créatrice de l’Escape Game du quartier de l’Étang nous dévoile ce qui fait battre son cœur.

Entrepreneuse, conceptrice, enseignante, Leila Schwab incarne une figure singulière du paysage économique romand. La tête dans les étoiles mais les pieds sur terre, elle mène ses projets avec une étonnante alchimie de vision et de pragmatisme. Entretien avec une bâtisseuse d’univers, auquel le Groupe PARKGEST s’associe en prêtant son identité à la salle de la Colère.

PARKGEST. Leila, vos choix professionnels à la tête du groupe Schwab System, semblent suivre un fil très éclectique. Qu’est-ce qui vous pousse à innover sans cesse ?
Leila Schwab.
 Mes projets naissent toujours d’une intuition, jamais d’un calcul d’opportunité ni d’un plan de carrière. Comme fil d’Ariane, je m’efforce d’inscrire mes engagements professionnels — comme mes choix de vie — dans une perspective de bénéfice commun. Mes idées s’imposent souvent à moi comme une évidence, mais je les confronte toujours au réel par une analyse pragmatique, fondée sur ce qu’il est possible de construire avec les ressources immédiatement disponibles.

Dans vos affaires, vous avez développé le concept de « Monde Élargi ». Quest-ce que cela signifie pour vous ?
Le Monde Élargi, c’est une manière de penser et d’agir qui vise à réconcilier ce qu’on oppose trop souvent : l’économie, le social, l’environnement, l’individu et le collectif. On ne choisit pas entre rentabilité ou durabilité, entre intuition ou rationalité — on cherche le « et ». Cela change tout : on passe d’un mode de gestion binaire à une logique d’intégration. Concrètement, cela suppose d’être à l’écoute des signes de l’existence, de ses intuitions, et de les articuler dans une vision plus large, au service d’un bénéfice commun. C’est aussi une manière d’aider chacun à trouver sa juste place, en entreprise comme dans la société, en fonction de ses envies, de ses appétences et de sa contribution possible.

Vous avez introduit la semaine de quatre jours dans toutes les entités du groupe. Cela a-t-il représenté un progrès ?
Dans notre groupe, chacun bénéficiait d’une certaine flexibilité — à l’exception des équipes d’ateliers et de terrain, contraintes par les plannings de production. La semaine de trois jours off a permis d’harmoniser le fonctionnement de l’ensemble : quatre jours de travail, avec un tournus sur cinq jours. Le résultat ? Plus d’implication, moins d’erreurs, une meilleure récupération physique et psychique pour les collaborateurs. Aucune incidence négative sur la rentabilité n’a été constatée — au contraire, l’efficacité générale s’est améliorée. Les infrastructures tournent mieux, les machines sont utilisées cinq jours au lieu de quatre, et chacun choisit son jour off en fonction de ses besoins.

Avec Escape Infinity, le groupe Schwab System a fait son entrée dans le monde du divertissement. D’où est venue cette idée ?
En 2015, j’ai découvert les escape rooms en tant que joueuse. J’ai immédiatement eu l’intuition que ce type d’expérience immersive, alors quasi inconnue dans notre région, avait un fort potentiel. Quelques années plus tard, alors que nous envisagions de transformer le roof-top de notre siège social en bureaux et appartements, j’ai proposé d’y créer un escape room en projet-pilote. Chez Schwab System, nous disposions en interne de toutes les compétences nécessaires pour créer, ex nihilo, chaque élément du dispositif : scénarisation, construction, mécanique, design. Nous avons conçu deux salles en y intégrant notre propre univers de marque. Le succès a été immédiat : en deux ans, nous avons accueilli 8 000 visiteurs, sans aucune communication. Les gens découvraient notre savoir-faire et devenaient eux-mêmes prescripteurs. Très vite, d’autres entreprises nous ont sollicitées pour concevoir des jeux sur mesure. C’est ainsi qu’est née l’idée de scénariser des marques dans nos univers.

Comment le quartier de l’Étang est-il entré dans l’histoire ?
Lors d’un mandat de consulting, j’ai rencontré Xavier Jeanneret, l’initiateur du quartier de l’Étang à Genève. Il cherchait une idée originale pour créer un espace de loisir dans l’îlot des Atmosphères. Je lui ai spontanément proposé un concept de « royaume d’escape rooms », articulé autour d’un thème central. L’idée lui a plu, et c’est ainsi qu’est né le projet de sept salles, chacune inspirée d’un des sept péchés capitaux — avec, potentiellement, un lien thématique avec les entreprises présentes dans le quartier.

Comme PARKGEST, qui a choisi le péché capital de la colère ?
En effet. Le scénario nous plonge dans le contexte d’une gare, autour du mythique thème du « train raté ». D’Amélie Poulain à The Darjeeling Limited, il s’agit de la juste colère née des rêves brisés. Reste alors la voiture, pour poursuivre son destin ! Pensée dans une dynamique d’expérience croisée, la salle de la Colère est proposée sous forme de pack avec la salle de la Luxure, signée par Urban Project. Pour chaque marque, nous cherchons le ton juste, le bon scénario. Aujourd’hui, nous allons plus loin avec le développement d’une nouvelle génération de jeux initiatiques, qui ont une portée transformationnelle.

Et la durabilité, dans tout cela ?
Elle est consubstantielle à Schwab System. Mon arrière-grand-père avait choisi le bois pour bâtir et nous sommes restés fidèles à sa vision. Le bois est un matériau vivant, stocke du CO₂, dure dans le temps, se gère et se recycle. Et au quartier de l’Étang, nous avons travaillé avec des matériaux locaux, en circuit court, dans une logique éthique jusque dans les moindres détails — y compris un système innovant de distribution de boissons sans gaspillage.

L’international vous tenterait-il ?
Nous travaillons sur des extensions et des formats exportables. J’étais récemment à Abu Dhabi, et je me suis dit que cela pourrait très bien fonctionner dans les pays du GCC (Arabie saoudite, Oman, Koweït, Bahreïn, Émirats arabes unis et Qatar). Nous explorons l’idée.

Pour conclure cet entretien, à quoi aspirez-vous dans tout ce que vous entreprenez ?
J’aspire à la cohérence et au respect des valeurs éthiques que je défends. Je ne veux rien faire ni produire qui ne soit bénéfique à celles et ceux qui en partagent la responsabilité — mais aussi l’usage.