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« Le temps de l’insouciance énergétique est révolu. Mais les solutions existent et les Suisses sauront les trouver. »

Les Suisses parcourent en moyenne 36,8 km par jour, dont deux tiers en voiture, alors que près de 80 % des foyers possèdent un véhicule. Notre secteur d’activité, l’industrie du parking, répond à la nécessité factuelle du stationnement sans ignorer que le trafic (sans le trafic aérien international) produit un quart des émissions générées sur le territoire national. Nous sommes donc particulièrement concernés par l’évolution des technologies, de l’urbanisme et des habitudes de consommation susceptibles de réduire l’empreinte carbone de la mobilité et de contribuer à l’assainissement environnemental de notre région. Dans cet édito, je partage avec vous quelques constats et réflexions sur ce sujet.

Le télétravail, une nouvelle dimension vertueuse
La crise sanitaire a accéléré la mutation du monde du travail vers de nouvelles habitudes. Hors de nos frontières, l’actuelle désaffection des quartiers d’affaires de la City à Londres, de la Défense à Paris, ou de Manhattan à New York, soulève la question du retour des employés sur site. La levée de l’obligation du télétravail instaurée en Suisse le 17 février révélera-t-elle l’intérêt des salariés de maintenir une part d’activité à domicile ? L’enquête récente du Steiner Office-Barometer est sans équivoque : 90 % des répondants alémaniques et romands souhaitent continuer à travailler partiellement de chez eux, tout en précisant l’importance de cultiver une interaction sociale au bureau. Avant même l’obligation du télétravail, ils étaient déjà 39 % à avoir la possibilité de travailler à distance. Dans ce contexte, de nouvelles logiques de mobilité, de réaffectation des espaces de bureau, mais aussi de parcage, pourraient se révéler à court terme pour un double bénéfice social et environnemental.

Face au C02, l’électrique
Nous savons qu’en 2021, la Suisse a connu un record historique des émissions de CO2, en raison de la reprise économique. Pourtant, la consommation de carburant et les émissions de CO2 des véhicules de tourisme avaient baissé de 10,5 % en 2020, en raison du recul des immatriculations de 24 %, d’une consommation moyenne inférieure de 7,1 %, grâce aux nouvelles valeurs cibles, mais aussi et surtout de la part toujours plus importante de l’électrique et de l’hybride, s’établissant à 14,4 % du marché.
Une tendance énergétique générale, dont nous avons pour preuve l’inauguration en février du plus grand parking « électrique » de la ville de Paris, avec 505 places de recharge ! Les Pays-Bas détiennent quant à eux un record européen avec 75 000 bornes de recharge sur tout leur territoire. Au pays des tulipes, tous les véhicules neufs devraient être entièrement électriques en 2030.
En Suisse, les voitures 100 % électriques et plug-in hybrides connaissent un vif succès. Avec de nombreux cantons offrant des subventions ou des programmes de soutien, ainsi que des modèles 100 % électriques accessibles en dessous de 35 000 francs, l’essor devrait se poursuivre.

Des événements liés à l’énergie qui mobilisent notre pays
Nous savons que les ressources indigènes de la Suisse sont insuffisantes pour couvrir ses besoins annuels. Les efforts de la Confédération sont pourtant positifs puisqu’au cours des 20 dernières années, notre pays a réduit sa dépendance d’environ 20 %. Absente des accords de solidarité au sein de l’UE pour la livraison réciproque de gaz en cas d’urgence, et face à la guerre en Ukraine, la Suisse, qui achète la moitié de son gaz en Russie, mise plus que jamais sur sa propre production d’énergie renouvelable. Nous ne pouvons qu’y souscrire.
À titre d’exemple, le biogaz produit en Suisse, obtenu par la fermentation de certaines matières organiques comme les boues d’épuration, les fumiers, les lisiers ou encore les déchets alimentaires, pourrait se substituer en partie au gaz russe par une production accrue et soutenue par l’état. L’isolation des bâtiments et de nouvelles réglementations concernant leur chauffage sont aussi un objectif atteignable pour réduire notre facture d’énergie. Le slogan français hérité des années 70 « on n’a pas de pétrole, mais on a des idées » est plus que jamais d’actualité.

Je conclurai cet édito sur les commentaires de Sonia Seneviratne, climatologue suisse ayant collaboré au dernier rapport du GIEC : « Pour inverser la tendance, il faudrait des actions très fortes et très rapidement, dans un délai de moins de trois ans”. D’ici 2100, la planète subira en effet une augmentation marquée d’événements météorologiques extrêmes, canicules, sécheresses ou pluies diluviennes. Travaillons aussi individuellement à la restauration d’un équilibre acceptable entre nos exigences de confort et la préservation de notre planète.

Thierry d’Autheville
Directeur général